1. Le chiffre public
L'ARCEP, le régulateur français des postes et télécoms, publie chaque année l'observatoire du courrier et du colis. Sa dernière édition est sans ambiguïté : « En 2024, le nombre de colis distribués en France et exportés atteint 1,7 milliard d'objets, en hausse de 3,7 % en un an. » C'est la deuxième année consécutive de rebond.
2. La probabilité
Mettez-vous un instant du côté du fraudeur — non pour l'imiter, mais pour comprendre son calcul. Dans sa version de masse, encore la plus répandue, il n'a aucune donnée sur vous. Il envoie « votre colis est bloqué » à trois millions de numéros pris au hasard. A-t-il besoin de savoir qui attend un colis ? Non : avec 4,7 millions de livraisons par jour, une fraction énorme de la population attend réellement quelque chose à tout moment.
Et quand le message vous nomme, cite votre ville ou la fin d'un numéro de dossier, ce n'est plus la masse qui parle : c'est une fuite de données. Ce second régime — la coïncidence enrichie par des fragments volés — a sa propre mécanique et sa propre démonstration ; notre pilier De la fuite à l'arnaque documente déjà ce basculement. Cette page-ci démontre le premier régime : celui qui n'a besoin de rien savoir.
Notre calcul
Données d'entrée : 1,7 milliard de colis en 2024 (ARCEP, sourcé ci-dessus), soit ≈ 4,7 millions par jour en moyenne.
Hypothèse — publiée, volontairement prudente : supposons qu'un adulte sur dix seulement soit, un jour donné, en attente d'une livraison. Au vu du volume quotidien réel, cette hypothèse est basse.
Résultat : sur une campagne de 3 millions de SMS envoyés au hasard, environ 300 000 destinataires attendent réellement un colis au moment où le message arrive. Pour chacun d'eux, la coïncidence est parfaite — sans qu'aucun n'ait été ciblé.
Limites : la proportion réelle varie selon la saison (fêtes, soldes) et le profil ; l'hypothèse d'un sur dix est un plancher raisonnable, pas une mesure. Le raisonnement ne dépend pas de sa valeur exacte : à un sur vingt, cela ferait encore 150 000 coïncidences parfaites par campagne.
3. Le mécanisme
Ce que ce calcul démontre porte un nom dans la Grammaire de la Manipulation : la Coïncidence crédible — frapper quand le contexte rend le message plausible. Le faux colis y marie presque toujours deux autres mécanismes : l'Urgence fabriquée (« sous 24 h, votre colis sera renvoyé ») et le Premier pas anodin (des « frais de relivraison » de 1 à 3 euros — dérisoires, précisément pour ne pas éveiller la méfiance pendant que le faux site capture votre carte).
4. L'industrialisation
Le faux colis est l'arnaque de masse par excellence parce que son scénario est le plus universel du quotidien numérique : pas besoin de base de données volée, pas besoin de personnalisation — le volume fait tout. C'est aussi pour cela qu'elle revient par vagues, souvent aux périodes où tout le monde commande. Et quand elle se personnalise (votre nom, votre ville), c'est qu'une fuite de données est passée par là — ce que documente notre pilier De la fuite à l'arnaque.
5. La défense
🔗Jamais le lien du message
Le suivi d'un vrai colis se vérifie en ouvrant vous-même l'application ou le site officiel du transporteur — ou du site marchand — avec votre numéro de commande. Toujours hors du canal qui vous a alerté.
💳Aucun transporteur ne réclame de frais par SMS
Frais de douane, de relivraison, de « déblocage » réclamés par SMS avec un lien de paiement : le scénario n'existe pas chez les transporteurs légitimes. La somme minuscule est le piège, pas le préjudice.
🧠Retourner la coïncidence
« J'attends justement un colis » n'est pas une preuve que le message est vrai — c'est la raison statistique pour laquelle il vous a atteint. Des centaines de milliers de personnes attendent un colis en même temps que vous.
La conclusion
Les fraudeurs n'ont pas besoin de vous connaître. Les statistiques vous connaissent déjà.
Questions fréquentes
Comment savent-ils que j'attends un colis ?
Dans la version de masse, ils ne le savent pas. Le message est envoyé à des millions de numéros ; avec 4,7 millions de livraisons par jour en France, il tombe juste des centaines de milliers de fois par simple probabilité. C'est toute la démonstration de cette page. Si le message vous nomme ou cite un numéro de dossier, c'est autre chose : une fuite de données — voir De la fuite à l'arnaque.
J'ai cliqué sur le lien — que faire ?
Si vous avez saisi des données bancaires : faites opposition immédiatement auprès de votre banque, puis signalez sur la plateforme officielle cybermalveillance.gouv.fr. Si vous n'avez rien saisi, le clic seul est rarement suffisant — restez attentif aux messages et appels qui suivraient : les fraudeurs enchaînent souvent sur un faux conseiller bancaire.
Pourquoi est-ce que j'en reçois plusieurs par mois ?
Parce que les campagnes sont massives et répétées — pas parce que vous êtes fiché. Le même calcul de probabilité rend chaque vague rentable, donc les vagues se succèdent.
Note de rigueur. Le chiffre pivot de cette page (1,7 milliard de colis, +3,7 %) est cité à l'exact depuis la publication de l'ARCEP, consultée directement le 18/07/2026. Le volume quotidien (≈ 4,7 millions) et le scénario de campagne sont des calculs dérivés dont les hypothèses et les limites sont publiées dans l'encadré « Notre calcul » — conformément à notre méthodologie : jamais de chiffre sans source, jamais d'hypothèse cachée, l'omission plutôt que l'invention.
Pourquoi les faux recruteurs explosent
5,7 millions d'inscrits à France Travail, des candidatures par dizaines — et une mémoire qui complète toute seule : « est-ce que j'avais postulé chez eux ? »
Pour aller plus loin
Egidio — Laboratoire des menaces, « Pourquoi les faux colis marchent : la démonstration par les probabilités », egidio.app/laboratoire/mathematiques-manipulation/faux-colis/. Licence CC BY 4.0.
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